Si vous voulez partager cet article :
  •  
  •  

()
Image de gros sel sur une limace au potager

Le sel contre les limaces au potager : ne le faites pas !

J’essaierais, dans cet article, de répondre à plusieurs questions :

Pourquoi et comment le sel est-il utilisé contre les limaces au jardin ? 

Pourquoi et comment cela tue-t-il ces pauvres gastéropodes ?

Souffrent-ils ? Mini-confrontation entre Descartes et Ned Block

Utilisation du sel contre les limaces : quels effets secondaires pour votre jardin ?

Pourquoi le sel tue vos plantes et appauvrit votre sol ? 

Quelles alternatives efficaces à l’utilisation du gros sel contre les limaces, au potager ?

Les limaces, c’est un sujet très épineux. Et oui, car chacun à son mot à dire quant au contrôle des limaces au jardin. D’ailleurs, vous avez sûrement déjà entendu quelqu’un vous dire que, la meilleure des méthodes, de toute façon, c’est le sel : « Badigeonnez-les de gros sel comme une belle côte de bœuf, crévindieu ça marche comme tout ! »  « Faut les faire crever ces bêtes-là, de toute façon ».

Mais alors, lorsque ces propos arrivent à vos oreilles, même si vous sentez avec ardeur que « non, ce n’est pas ce qu’il faut faire », vous bafouillez, perdez vos arguments, ne savez plus, devant l’œil incisif de ce sanguin énergumène, si sûr de ses dires.

Qu’à cela ne tienne, voici quelques arguments sur le sujet, dont vous pouvez vous inspirer, avant de clamer haut et fort votre désaccord, accompagné ou non d’une symphonie de violons (pour l’émotion) ! 😀

On verra, tout d’abord, pourquoi le sel est utilisé contre les limaces, et pourquoi et comment il les tue (fait-il “fondre” les limaces ?)…

Ensuite, nous verrons pourquoi c’est une très mauvaise idée d’utiliser le sel contre ces dernières, avec 4 arguments, puis les alternatives efficaces qui existent à cette méthode.

Nous verrons aussi quel est le processus chimique qui fait que le sel est utilisé parfois comme désherbant, et s’il est souhaitable de l’utiliser comme tel.

C’est parti !

Une limace

Mais, avant d’aller plus loin, je vous conseille de lire l’article en vignette ci-dessous, parce qu’il permet une compréhension globale du problème commun à toutes ces “mauvaises” solutions. Ensuite, revenez à celui-ci.

Gestion des limaces : les méthodes à éviter

I. Pourquoi et comment le gros sel est utilisé contre les limaces, au potager ?

La dernière fois, je cherchais un peu d’inspiration, pour un article sur une des légendes urbaines (ou rural, du coup) de contrôle maison et « naturel » des limaces au potager. C’est alors que je tombe sur de nombreux articles qui prônent l’utilisation du sel.

Cette arme de destruction massive des gastéropodes est utilisée sous deux formes :

·       Défensive terrestre : muraille de gros sel autour des plantes

muraille métaphore barrière de gros sel contre les limaces

·       Offensive aérienne : bombardement de gros sel directement sur les débarquements de gastéropodes (civils comme militaires, sans différenciation)

bombardier métaphore d'un jeté de sel sur des limaces

La muraille a pour objectif de tuer (par contact) les limaces qui voudraient la franchir, dans le but de grignoter vos salades.

Le bombardement aérien a pour but d’éliminer directement l’« ennemi », sur-le-champs de bataille, par contact ici aussi.

Mais comment se fait-il, qu’un simple contact avec du sel, puisse tuer les limaces ?

II. Pourquoi le sel tue les limaces ?

questionnement

Pour répondre à cette question, il faut se souvenir des TP de chimie du lycée : aie, ça remonte ?

Pas de souci, en fait c’est assez simple.

En fait, il faut savoir que dans l’eau (H2O) comme dans le sel (NaCl), chaque molécule est chargée (de charges appelées partielles). Sans rentrer dans les détails, il se trouve que les molécules de NaCl (de sel donc) sont attirées par les molécules d’eau (H2O) : c’est pour ça que le sel se dissout dans l’eau, car les molécules de H2O et de NaCl s’attirent mutuellement et « fusionnent ».

Mais, si on met du sel sur une membrane située sur l’eau (la membrane sépare donc l’eau du sel), l’eau sera si attirée par le sel qu’elle traversera la membrane pour fusionner avec lui : c’est ce qu’on appelle l’« osmose ».

C’est ce qu’il se passe lorsqu’on met du sel sur des aliments gorgés d’eau, comme une tomate par exemple : l’eau « sort » de la tomate pour imprégner le sel, au sein duquel elle est alors emprisonnée. La tomate s’assèche alors, en perdant son eau.

Et ben, la limace, c’est pareil. C’est une membrane (sa peau, qui est poreuse en plus) remplie d’eau. Donc, du sel sur une limace absorbera toute son humidité (son eau), et celle-ci s’asséchera et mourra. :’(

La limace ne fond donc pas sous l’effet du sel, elle s’assèche…

pourquoi le sel tue les limaces ?
Robin

Robin

Je crois profondément en l’intérêt de la permaculture (et de sa philosophie, notamment la vision systémique des choses qu’elle amène), pour un monde plus cohérent et durable.

Je crois fortement en la force que contient la transmission du savoir, pour faire bouger les choses à grande échelle.

C’est pourquoi je m’implique sur ce blog dédié à la vulgarisation (sérieuse, sourcée, pédagogique, complète (du mieux que je le peux en tout cas 😊 )) de la permaculture, et j’y apporte parfois mes opinions.

Je me concentre pour l’instant sur le problème des ravageurs en permaculture.

J’ai aussi bossé sur des solutions concrètes à ce sujet, comme une barrière à limaces respectueuse et infranchissable, trouvable ici !

Si, comme moi, vous cherchez toujours à comprendre « pourquoi », ce blog vous correspondra peut-être 😉

Photo de fougère
Fleurs de bourrache
Coccinelle sur une feuille

Les plantes à avoir au jardin : les plantes pour héberger les auxiliaires, les plantes à effets répulsifs pour les "ravageurs" (Limaces, Pucerons, Rongeurs, ...)

Vos informations ne seront jamais soumises à un tiers. Suite à votre inscription, je vous donnerais, un jeudi une fois tous les 15 jours, des nouvelles de mes avancées, et des conseils, voir le partage d'un film, ou d'un poème. Si, pour une raison quelconque, vous ne souhaitez plus recevoir mes messages, vous pourrez vous désabonner en un clic, via un bouton présent en bas de chaque email. Voir la Politique de confidentialité.

Au fait ! Ma barrière à limaces infranchissable est disponible !

le filet à limaces en cuivre de springday

III. Pourquoi utiliser du gros sel contre les limaces au potager, est une très mauvaise idée ?

a. Inefficacité du sel après la pluie

l'eau dissout le sel

Dans le cas d’une barrière de gros sel, la première chose à dire, c’est qu’après la première pluie le sel sera dissout, et il filera dans le sol : plus de barrière donc. Et les hordes de gastéropodes se feront une joie de se venger sur vos choux de vos mauvaises intentions 😉

b. Pourquoi et comment le sel tue les plantes, le sol, et ses êtres vivants ?

le sel est nocif pour le jardin

Que le sel soit jeté sur les limaces et les escargots, ou qu’il soit utilisé en barrière pour protéger vos plantes, dans les deux cas cela à lieu dans -ou près- de votre potager.

Mais, savez-vous que le sel absorbé par la terre est très néfaste pour la santé de celle-ci, ainsi que pour celle des organismes qu’elle habite, et néfaste aussi pour la santé de vos plantes ?

L’impact sur les plantes provient du phénomène d’osmose que nous avons déjà vu. La concentration en sel beaucoup plus importante à l’extérieur des racines des plantes va attirer l’eau contenue dans ces racines (plus exactement, l’eau contenue dans les cellules des racines)L’eau des racines sera donc attirée à l’extérieur de celles-ci et « piégée » par le sel. Les racines vont donc se dessécher, et les plantes mourrons. C’est la plasmolyse.

Image réponse à : pourquoi le gros sel tue les plantes ?

Par ce même phénomène, le sel tue la grande majorité des bactéries et champignons du sol (qui font une terre riche), mais aussi des vers de terre, et de nombreux insectes.

L’utilisation de sel au jardin est donc une catastrophe pour la terre et l’ensemble du système, qui s’en trouve fortement perturbé.

c. Le sel sur les limaces : une grande souffrance ? Descartes et Ned Blockimage illustrant la souffrance ressentie par les limaces sur lesquelles ont met du sel

Dédé, l’énergumène rougeoyant de tout à l’heure, en est persuadé : “Ces bêtes là ne souffrent pas, voyons… À quoi bon se faire des nœuds à la tête ? Ça se saurait si les limaces pouvaient souffrir…”

Ce que dit Dédé peut paraître un peu idiot, à première vue … Mais, en creusant un peu, on s’aperçoit que la réponse n’est pas si simple qu’elle en a l’air.

Les limaces, comme d’autres mollusques, ont-elles la possibilité physiologique et cognitive de souffrir au sens où nous l’entendons ?

Déjà, qu’est-ce que ça veut dire, souffrir ?

La quasi-totalité des êtres vivants possède ce qu’on peut appeler (pour simplifier) un système-récepteurs, destiné à leur faire naturellement éviter les sources de danger de l’environnement, qui pourraient compromettre leur survie.

C’est un mécanisme qui favorise la survie de l’espèce en question, et qui est conservé au fil des générations par la sélection naturelle.

En gros, si un insecte s’approche d’un feu de camp, par exemple, il va, à un moment où à un autre, faire demi-tour (son organisme détectant la forte chaleur), plutôt que tracer sa route dans les flammes, et mourir brûlé. Son “système-récepteur” de la chaleur lui a permis d’éviter un danger de l’environnement, et lui a donc permis de survivre.

Il en va de même pour une limace qui rencontre une barrière de gros sel : touchant la matière, elle va brusquement se rétracter, puis faire demi-tour.

Ce type de comportement, si proche du nôtre -lorsque nous posons maladroitement la main sur une plaque chauffante, par exemple- nous fait immédiatement penser à la douleur que nous ressentons, dans ce type de situation.

Cela implique-t-il, nécessairement, une véritable douleur ressentie par les limaces, lorsque du gros sel serait jeté sur celles-ci, par exemple ?

Descartes voyait les animaux comme des sortes de machines extrêmement perfectionnées : il est possible d’équiper un robot d’un ensemble de capteurs, pour détecter des menaces de l’environnement. Il est aussi possible de lui programmer des mécanismes de défense, ou de fuite, contre ces dangers potentiels. Un robot équipé de cette manière, actuellement ou lorsque la technologie le permettra, nous donnera l’impression, dans certaines conditions, qu’il ressent un certain type de douleur.

image de Descartes théorie de l'animal machine

Pourtant, même si son “corps” réagira comme tel, il ne ressentira jamais la douleur.

En fait, la possibilité de ressentir la douleur telle que nous l’entendons, nécessite une certaine forme de conscience. C’est la conscience phénoménale, définie par le philosophe Ned Block.

image de Ned Block : les limaces souffrent-elles ?

La conscience phénoménale, comme il le dit, est « ce que cela fait », l’expérience subjective, le qualitatif, ce que l’on ne peut réellement comprendre sans en faire l’expérience.

Cette conscience phénoménale, peut, selon certains scientifiques, n’exister que chez les êtres vivants composés d’un cerveau et d’un système nerveux assez développé et complexe. Il est par exemple admis que tous les mammifères ont une conscience phénoménale (qu’ils ressentent subjectivement la douleur, donc ; mais aussi qu’ils perçoivent subjectivement leur environnement, etc …).

Or, cette conclusion ne provient que d’une extrapolation à partir de notre propre corps d’Homme : on constate des ressemblances -anatomiques et cognitives- proches chez les mammifères, donc, on considère qu’ils sont subjectivement conscients, comme nous le sommes.

Cela amène certains scientifiques à penser que les mollusques seraient dépourvus de sensation subjectives, leur composition étant trop loin de la nôtre.

D’autres scientifiques contestent ce point de vue, en affirmant, par définition, qu’on ne peut pas comprendre ce que vit subjectivement un autre être vivant, et que de faibles ressemblances anatomiques ou cognitives ne prouvent rien.

On ne peut déjà pas réellement comprendre ce que ressent un autre humain, lorsqu’il croque dans du chocolat, ou tombe amoureux.

On peut encore moins comprendre, ce que cela fait d’être une limace. Le règne animal ayant fortement divergé au cours de l’évolution, les portes de la sensorialité (les caractéristiques anatomiques et cognitives responsables de l’expérience sensorielle subjective)  ne peuvent être réduites au système nerveux et cérébral tel qu’il est présent chez nous, les humains.

Yuval Noah Harari partage déjà l’idée, que d’autres êtres vivants pourraient très bien avoir des expériences sensorielles subjectives bien plus riches que la nôtre. Ces expériences pourraient être d’origine et d’aspect très différent des nôtres, ce pourquoi il ne nous sera probablement jamais possible de savoir, par exemple, ce que cela fait, d’être une limace.

Mais, dans le doute sur la présence ou non d’une conscience phénoménale chez les limaces, et suivant le principe de précaution (que l’on devrait bien plus appliquer, je pense, à certaines autres sphères de notre monde !!), mieux vaut ne pas faire subir une mort potentiellement atroce et lente (car oui, le processus d’assèchement par osmose sur un être vivant, c’est potentiellement atroce), à ces précieux auxiliaires du jardin. Enfin, ce n’est que mon avis 😉

d. Pourquoi tuer les limaces n’est pas souhaitable pour votre jardin ?

limaces utiles au jardin

Et oui, les limaces ont vraiment un rôle essentiel au jardin ! Par exemple, elles empêchent la propagation de champignons pathogènes, et favorisent le développement des champignons mycorhiziens du sol ! Entre autres, car les bénéfices sont nombreux…

« Ok, elles sont bien gentilles de favoriser les mycorhizes les demoiselles, mais moi mes choux ils sont tout ce que vous voulez, mais ils sont pas favorisés. »

Oui c’est sûr que de gros dégâts sur nos plantes sont parfois difficiles à encaisser, c’est pour ça qu’on voit, dans ce qui suit, des alternatives efficaces à l’utilisation du sel !

 

IV. Quelles alternatives efficaces à l’utilisation du gros sel contre les limaces, au potager ?

solutions de controle des limaces

En fait, de nombreuses alternatives au sel existent pour gérer les limaces au jardin.

Mais, le point commun entre toutes celles que je vais vous présenter, c’est qu’elles ne consistent en aucun cas en une éradication massive d’une population de limaces.

Car, ce que j’aurais aussi pu expliquer dans le paragraphe du dessus, et que j’ai déjà partagé dans plusieurs articles, c’est que les limaces ne sont que le symptôme d’un déséquilibre de notre jardin. Un jardin jeune (qui est une modification d’un écosystème originel), par exemple, sera probablement inondé par les limaces, durant plusieurs années, avant qu’un rééquilibre s’installe naturellement (se reflétant par une stabilisation basse de la population de limaces).

Ce rééquilibre passe par de nombreuses étapes, dont une, par exemple, est l’installation durable des prédateurs des limaces. Supprimez les limaces, et les prédateurs des gastéropodes ne s’installeront pas près de chez vous, n’y trouvant pas leurs proies.

le hérisson est un prédateur des limaces

La méthode que je valorise, sur ce site, et pour la gestion de la plupart des petits « ravageurs » du jardin, s’appuie sur cette régulation long-terme.

Ainsi, même les méthodes à but premier court-terme de réduction des dégâts potager, se doivent d’épouser cette régulation long-terme, plutôt que s’y opposer. Toutes les méthodes d’éradication massives des limaces s’opposent à cette régulation long-terme durable.

À l’inverse, les méthodes de répulsion ciblées, de distraction, ou de barrières (de protection des plantes), limitent voire empêchent les dégâts, sans compromettre la régulation naturelle long-terme.

Recevez gratuitement la formation "gérer (intelligemment) les limaces au jardin"

Vous trouverez, sur mon site, tout sur mes recherches concernant la gestion intelligente des limaces au jardin. Avec, entre autres, les solutions les plus efficaces.

Néanmoins, j'ai créé une formation vidéo (3 vidéos, que je propose ici gratuitement), où je vous partage LA stratégie pour gérer les limaces au jardin : l'essentiel, le plus efficace, la moelle de mes meilleurs articles à ce sujet.

Regardez ces 3 vidéos et vous n'aurez (presque) pas besoin de lire mes 20 articles sur la gestion des limaces au jardin.

Cliquez sur ce bouton pour recevoir la formation :  

Conclusion :

Le sel est une des pires idées que l’on puisse avoir pour gérer les limaces au jardin.

En plus de se baser sur un moyen d’action que l’on peut, je pense, qualifier de « barbare » (mais dont vous comprenez maintenant le processus !), il appauvrit fortement et durablement notre sol et tous ses êtres vivants.

Ce n’est pas parce qu’un élément est naturel qu’il est forcément bénéfique ou souhaitable au jardin. Le sel en est un bon exemple, mais il y en a de nombreux autres. Je prendrais le temps d’écrire des articles argumentant sur ces solutions dîtes « naturelles », mais aux impacts négatifs, utilisées dans le jardinage en général.  

 

Merci d’avoir pris le temps de lire 😊, j’espère que cet article vous aura intéressé et appris des choses que vous pensez utiles. N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez dans les commentaires, je suis à l’écoute de tout ce que vous aurez à me partager, car cela ne peut qu’enrichir ce document. Faites-moi parvenir vos idées, je compléterai cet article avec plaisir, afin qu’il soit le plus complet possible.

image de gros sel sur une limace au potager

Comment avez-vous trouvé cet article ?

Cliquez sur une étoile pour noter l'article !

Note moyenne / 5. Vote count:

Pas encore d'avis ! Soyez le premier à dire ce que vous en pensez !

We are sorry that this post was not useful for you!

Let us improve this post!

Tell us how we can improve this post?

2 Commentaires

  1. Malou

    Merci de m’avoir éclairé sur ce sujet.
    Je n’utilise pas le sel mais cela m’a permis de comprendre pourquoi ne pas s’en servir.
    Votre article est très bien expliqué….donc facile à comprendre🙂.

    Réponse
    • Robin

      Merci à vous pour ce message 🙂

      Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Si vous voulez partager cet article :
  •  
  •