Si vous voulez partager cet article :
  •  
  •  

()

Larve de hanneton : la reconnaître, et  « lutter » intelligemment

lutter contre la larve de hanneton

Vous avez trouvé de grosses larves blanches dans la terre, en faisant vos plantations ? Vous voyez soudainement certaines de vos plantes mourir, sans raison apparente ?

Il s’agit probablement de larves de hannetons !

Comment les différencier (une bonne fois pour toutes) des larves de cétoines (ainsi que des lucanes, petite biche, capricorne), et comment lutter intelligemment contre la prolifération des larves de hannetons dans votre potager ? C’est ce que nous allons voir tout de suite !

 

Si vous découvrez mon site, sachez qu’il est principalement dédié à la gestion « Perma » des petits « ravageurs » du jardin. (Cet article est le 6ᵉ parmi les principaux : limaces, pucerons, chats, frelon asiatique, rats taupiers, et maintenant larve de hanneton)

Je me suis aussi penché sur la déconstruction de certains mythes du jardinage, comme l’effet (inhibiteur !) du marc de café sur la croissance des plantes, entre autres. 

Contenus masquer
Larve de hanneton : la reconnaître, et « lutter » intelligemment

II. La larve de hanneton et le hanneton : quels risques pour votre potager ?

 

1. Apprendre à connaître la larve de hanneton et le hanneton

 

a. Un hanneton et sa larve, à quoi ça ressemble ?

Attention de ne pas faire, comme sur la majorité des articles que j’ai pu voir à ce sujet, de grosses généralités ! Il y a bien plusieurs espèces de hannetons que l’on peut trouver en France, et pas qu’une seule ! (Il y a une soixantaine d’espèces en Europe, et on en trouve la plupart en France). Mais voici quelques-unes des principales que vous pourrez trouver dans les jardins :

 

  • Le premier est le hanneton commun (Melolontha melolontha): il mesure de 2,5 à 3 cm. Son corps est de couleur brun à brun-noir, et ses pattes et antennes sont brun-rouge, mais le mieux est de l’appréhender d’un seul coup d’œil en regardant les photos ci-dessous 😉 On remarque la particularité de son corps qui finit en pointe à l’arrière. On le confond souvent avec le hanneton forestier : voir la fin de cet article. Sa larve mesure entre 3 et 4,5 cm.

 

  • Le second est le hanneton de la St Jean (Amphimallon solstitialis): il mesure entre 1,4 et 1,8 cm, et est de couleur caramel. Sa larve mesure entre 1 et 3 cm.

 

  • Le troisième est le hanneton des pins (ou hanneton foulon) (Polyphylla fullo)  : il a une robe brun-noir tachetée de blanc, et mesure 3 à 4 cm. Vous l’aurez deviné, on le trouve le plus souvent là où on y trouve des pins : côte méditerranéenne, côte atlantique, côte d’opale (essentiellement). Il apprécie les endroits sablonneux. Sa larve mesure entre 6 et 8 cm.

 

  • Le quatrième est le hanneton des jardins (ou hanneton horticole, ou hanneton noir) (Phyllopertha horticola): son corps est brun-roux, et ses pattes et antennes sont noirs. Il mesure entre 8 et 11 mm de long. Sa larve mesure entre 5 mm et 1,5 cm.
hanneton commun
hanneton de la st jean

Hanneton commun

Hanneton de la St Jean

hanneton des pins
hanneton des jardins

Hanneton des pins

Hanneton des jardins

Ces hannetons seraient les plus fréquents au jardin, mais d’autres espèces sont aussi très présentes en France, et, localement, leur population peut parfois être plus importante que certaines des espèces précédemment citées :

  • Le hanneton européen (Amphimallon majale) : entre 1 et 1.4 mm (voir photo sur schéma suivant)
  • L’anoxia (anoxia villosa) : 2.5 cm (voir photo sur schéma suivant)
  • Le hanneton d’été (Rhizotrogus aestivus) : entre 1.4 et 1.8 cm (voir photo sur schéma suivant)

(Je n’ai pas trouvé d’infos sur la taille des larves respectives de ces trois espèces)

 

Voici un schéma complémentaire, pour l’identification de ces différentes espèces de hanneton (seul le hanneton des pins est manquant, mais il est assez facilement reconnaissable) :

identification de différentes espèces de hannetons

b. Cycle de vie du hanneton et de sa larve

Chaque espèce de hanneton suit un type de cycle de vie commun. Mais, ce cycle varie en durée, selon les espèces (cette info est bien trop peu absente des articles existants à ce sujet).

Ce que je vous propose, c’est tout d’abord de comprendre le cycle de vie du hanneton commun (le plus connu et relayé), puis de voir les différenciations de cycle selon les espèces.

Le hanneton commun est, durant la plus grande partie de sa vie (3 ans), sous forme de larve. Après 3 années sous terre, l’adulte (imago) sort au printemps de la troisième année, pour se reproduire, puis pondre. Ce sera son dernier mois de vie.

Une particularité avec le hanneton, concerne les phénomènes de « grands vols » (surtout tri-annuels, pour le hanneton commun notamment), ou des centaines de milliers d’individus sortent de terre simultanément, et peuvent alors faire de gros dégâts sur les feuillages. (Mais cela n’est pas dû à la périodicité de leur cycle de vie (car chaque année des hannetons adultes naissent bien), mais à une simple constatation du fait que, une fois tous les 3 ans, une génération est bien plus importante que les deux précédentes, et les raisons de cela sont encore mal comprises.)

Le plus important reste cependant l’impact de la larve de hanneton sur les cultures.

C’était par exemple un énorme problème avant le 19ème siècle, où le nombre hannetons (communs, surtout) était beaucoup plus important qu’aujourd’hui, et où les dégâts causés par leurs larves pouvaient être impressionnants (cela a même entraîné des famines au moyen-âge !). Les hannetons étaient à cette époque tellement nombreux que des tentatives d’exploitation industrielle ont même été tentées ! On en a fait de l’huile à salade, de la farine, et de l’huile d’éclairage !

 

Si vous aussi vous voulez voir les grands vols, vous pourrez les apercevoir au crépuscule et à la nuit tombée (durant la journée, ils restent dans les arbres (branches, feuilles)), durant le seul mois de leur vie d’adulte (fin du printemps, et essentiellement de manière tri-annuelle, pour le hanneton commun).

Voici plus de détail à ce sujet, et une carte des périodes de grands vols par région :

carte des grands vols de hannetons par période

Source : ici 

Concernant le cycle de vie de la larve de hanneton commun, on y voit par exemple que (assez logiquement), plus les larves sont grosses (2ème , mais surtout 3ème année), plus les dégâts sur les racines des plantes seront importants. Et, là aussi, les dégâts seront bien plus importants lors d’une année sur trois.

 

Pour illustrer le cycle de vie de la larve de hanneton commun, voici une vidéo parfaitement adaptée, de « c’est pas sorcier » :

Et voici une illustration détaillée de cela :

cycle de vie de la larve de hanneton commun

Pour les autres espèces de hannetons, la larve passe aussi par 3 stades larvaires (source), mais le cycle est plus court : il est de :

  • 3 ans pour  le hanneton commun (comme déjà vu), le hanneton d’été, et l’anoxia
  • 2 ans pour le hanneton de la St Jean
  • 1 an pour le hanneton d’été et le hanneton des jardins

 

c. Que mangent la larve de hanneton et le hanneton ? Quels sont les dégâts ?

C’est simple, et vous l’aurez sans doute compris si vous avez vu la vidéo : les larves mangent les racines des plantes, et les adultes se nourrissent, eux, principalement de feuillage !

On note quelques préférences alimentaires selon l’espèce de hanneton. Par exemple, comme son nom l’indique, adulte, le hanneton des pins sera friand de jeunes aiguilles de pins. Le hanneton des jardins, lui, préfère les feuilles de chêne, de noisetier, de rosier, et de bouleaux. En général, les différentes espèces de hannetons se nourrissent du feuillage des feuillus. Mais ces dégâts restent assez marginaux, contrairement à ceux de leurs larves :

  • Les larves du hanneton des jardins et du hanneton de la St Jean vont impacter assez fortement les pelouses, car elles sont friandes des racines de graminées.

 

  • La larve du hanneton commun, du hanneton d’été (fréquentation des sols sablonneux essentiellement), et de l’anoxia, elles, ont un régime plus diversifié, et elles s’attaquent aux légumes-racines, et aux racines des plantes en général, ainsi qu’à celles des jeunes fruitiers.

 

  • Quant à la larve du hanneton des pins, je n’ai rien trouvé à ce sujet, et elle n’a pas été cité dans le tableau de début d’article pour l’identification des espèces de hannetons les plus nuisibles aux plantes potagères. Je pense donc que son impacte sur celles-ci doit être limité, et ciblé prioritairement sur les racines des jeunes pins.

 

Robin

Robin

Je crois profondément en l’intérêt de la permaculture (et de sa philosophie, notamment la vision systémique des choses qu’elle amène), pour un monde plus cohérent et durable.

Je crois fortement en la force que contient la transmission du savoir, pour faire bouger les choses à grande échelle.

C’est pourquoi je m’implique sur ce blog dédié à la vulgarisation (sérieuse, sourcée, pédagogique, complète (du mieux que je le peux en tout cas 😊 )) de la permaculture, et j’y apporte parfois mes opinions.

Je me concentre pour l’instant sur le problème des ravageurs en permaculture.

J’ai aussi bossé sur des solutions concrètes à ce sujet, comme une barrière à limaces respectueuse et infranchissable, trouvable ici !

Si, comme moi, vous cherchez toujours à comprendre « pourquoi », ce blog vous correspondra peut-être 😉

Photo de fougère
Fleurs de bourrache
Coccinelle sur une feuille

Les plantes à avoir au jardin : les plantes pour héberger les auxiliaires, les plantes à effets répulsifs pour les "ravageurs" (Limaces, Pucerons, Rongeurs, ...)

Vos informations ne seront jamais soumises à un tiers. Suite à votre inscription, je vous donnerais, un jeudi une fois tous les 15 jours, des nouvelles de mes avancées, et des conseils, voir le partage d'un film, ou d'un poème. Si, pour une raison quelconque, vous ne souhaitez plus recevoir mes messages, vous pourrez vous désabonner en un clic, via un bouton présent en bas de chaque email. Voir la Politique de confidentialité.

II. Larve de hanneton ou de cétoine dorée ? Apprenez à les différencier, pas à pas

hanneton adulte  cétoine adulte

(Voici les adultes, que l’on voit bien facilement différenciables) (Merci Marie-Line pour la photo 😉)  

Vous avez trouvé de gros vers blancs dans votre jardin, mais vous êtes bloqué : s’agit-il de hannetons, ou de cétoines ?

Dois-je les remettre dans la terre avec amour, ou les jeter sur la pelouse de mon hargneux voisin ?

C’est ce que vous allez savoir ici, car nous allons apprendre à différencier une larve de hanneton d’une larve de cétoine !

 

  1. Tout d’abord, à quel endroit avez-vous rencontré ces larves ? Si c’est en remuant le compost, c’est très probablement des larves de cétoines, qui s’y trouvent toujours ! Les larves de hannetons, elles, se nourrissent de racines de plantes vivantes, et vous les trouverez donc plutôt si vous creusez dans votre jardin ! (Dans le potager, sous la pelouse, …)

Si vous avez l’habitude de faire du compostage de surface dans votre potager, là par contre, la question peut se poser !

 

  1. Deuxième chose à prendre en compte : il faut savoir que les larves de cétoines que vous pourrez rencontrer, mesurent entre 2 et 4 cm ! Si vous trouvez des vers blancs de plus petite taille, il s’agit plus probablement de hannetons des jardins (entre 0.5 et 1.5 cm). Si vous trouvez des vers blancs de plus grande taille, il peut s’agir de hannetons des pins. Après, ce que j’en pense, c’est qu’il est bien de garder ces ordres de taille à l’esprit, mais qu’il vaut mieux ne pas fonder l’identification uniquement dessus, car cette taille est très dépendante du stade de développement des larves.

 

3. Troisième chose : l’aspect général : les larves de hannetons, du fait de leurs longues pattes, arrivent à “marcher” face contre terre. Les larves de cétoine ont un aspect « boudiné » caractéristique, avec de toutes petites pattes, qui les obligent à se déplacer sur le dos, à l’aide de leurs poils. Voici des photos qui devrait éclaircir vos idées sur le sujet :

La larve de hanneton

larve de hanneton
larve de hanneton
larve hanneton

La larve de cétoine

différence larve hanneton larve cétoine
larve de cétoine
larve de cétoine

Larves de hannetons et larves de cétoines

différence entre larve de hanneton et larve de cétoine
différences entre larve de hannetons et larve de cétoine image

Une différenciation bien nette, sur cette dernière image

4. Quatrième chose, toujours axée sur la morphologie : « grosse tête, petit cul », pour les hannetons, et « petite tête, gros cul », pour les cétoines, comme l’illustre si bien ce dessin :

infographie-difference-larve-hanneton-larve-cetoine

5. Dernière chose : la couleur : les larves de cétoines ont un aspect blanc laiteux caractéristique, contrairement aux larves de l’ensemble des espèces de hannetons, d’aspect plus « jaunâtre » : on le voit bien sur les photos précédentes

 

Savoir différencier la larve du hanneton de celle de la cétoine, c’est une très bonne chose, car cette dernière (ainsi que l’adulte) se « classe » parmi les auxiliaires du jardin (même si cette idée de catégorisation ravageurs/auxiliaires peut porter à débat), notamment grâce à son rôle de décomposition de la matière organique.

Mais, attention ! Contrairement à ce que l’on nous laisse souvent croire, la larve de cétoine n’est pas la seule larve pouvant être confondue avec la larve de hanneton !

Les larves de la petite biche, du lucane (ou cerf-volant), et du capricorne, peuvent aussi être confondues ! Et il y en a même d’autres !

image identification larves coléoptères

           Lucane                      Petite biche          Hanneton (commun)            Cétoine                      Capricorne

 Voici un document (en anglais), qui vous permettra de les différencier : https://naturebftb.co.uk/wp-content/uploads/2020/05/Larval-ID-guide.pdf (à la source de ces images).

Pour résumer les paragraphes en anglais, je pourrais dire que :

 

  • La larve du lucane est plus « dodue » que la larve du hanneton, et est de grande taille (jusqu’à 8 cm). Elle a des pattes de grande taille, dont elle se sert pour se déplacer (de la même manière que la larve du hanneton, et contrairement à la larve de la cétoine). On la trouve surtout dans le bois mort, qu’elle décompose. Placée sur le sol, elle se positionne en « C ». Plus d’infos sur la larve du lucane ici.

 

  • La larve de la petite biche est très ressemblante de celle du lucane, et un guide d’identification spécifique semble nécessaire à leur différenciation. On la différenciera des larves de hanneton et de cétoine, par (globalement) les mêmes caractéristiques que la larve du lucane.

 

  • La larve du capricorne, elle, est assez facilement identifiable de par son apparence, comme on peut le voir sur la photo.

 

Pour aller encore plus loin dans l’identification des différents vers blancs : 

identification des vers blancs par leur arrière

Il s’agit bien ici de l’arrière-train de chaque vers blanc, qui permettrait une identification précise des différentes espèces : de gauche à droite :

Lucane, hanneton commun, hanneton de la St Jean, Serrica brunnea, hanneton des pins, Hoplia sp., A. dubia, hanneton horticole, scarabée rhinocéros, protaeticia cuprea

 

Voilà, vous êtes maintenant (à l’aide votre loupe), un expert de l’identification des vers blancs !!

III. Des larves de hannetons dans votre potager : devez-vous nécessairement les éradiquer ? Mesure, et seuil de tolérance.

attention à mesurer le seuil de tolérance des larves de hanneton

« Après avoir reconnu des larves de hannetons dans mon jardin, faut-il que je m’empresse de les détruire ? »

 

Comme on l’a vu dans la première partie de cet article, avant le 19ème / 20ème  siècle et le début de l’agriculture industrielle (destruction systématique des larves par retournement profond de la terre) et de l’utilisation des pesticides, les hannetons étaient bien plus nombreux qu’actuellement, en France, et en Europe.

Cette chute de population n’était pas pour déplaire aux agriculteurs, pour lesquels cette espèce causait des dommages importants sur les cultures.

Mais, les hannetons étaient aussi une importante source de nourriture de nombreux auxiliaires.

 

Naturellement, les hannetons sont présents dans l’écosystème, et, l’adulte comme sa larve, ont un rôle au sein des systèmes naturels.

Il m’apparaît donc triste et dommageable, de se positionner dans une démarche d’éradication globale, dès que quelques larves de hannetons ont été trouvées dans notre jardin.

 

Il est tout à fait possible que des larves de hanneton soient présentes dans la terre, sans que cela n’affecte gravement vos plantations (et sans qu’il y ait un impact important au niveau de la productivité en fruit et légumes). Tout dépend du nombre de ces larves ! Si on peut ne pas détruire un élément d’un système naturel, nécessaire à son équilibre (nourriture pour les prédateurs), on essaie de ne pas le faire !

Le nombre maximum de larves de hanneton, à partir duquel leur présence peut commencer à impacter sérieusement le potager/les jeunes arbres/la pelouse, c’est ce que l’on appelle le seuil de « nuisibilité » (ou seuil de tolérance : la même chose, mais dans l’autre sens).

Ce seuil de tolérance serait de 30 larves par mètre carré pour les prairies, mais de 4-5 larves par mètre carré seulement pour les pépinières et cultures légumières.

creuser un trou pour compter les larves de hanneton

Première chose à faire donc, avant se précipiter à « lutter », à « détruire », et à « exterminer » : mesurez où vous en êtes, par rapport au seuil de tolérance !

Pour cela : creusez un trou carré de 50 cm de côtés, et 40 cm de profondeur (en été, car pour une évaluation en hiver, il faudra creuser jusqu’à 80 cm), et comptez les larves de hannetons que vous y trouverez : ce nombre correspondra au nombre de larves pour 0.25 mètres carrés (0.5 au carré). Multipliez ce nombre par 4 pour obtenir le nombre de larves par mètre carré. Et faites cette évaluation à raison de 10 trous par hectare.

Ça, c’est pour un résumé d’une méthode simple d’évaluation (source) : pour quelque chose de bien plus précis, je vous renvoie aux parties « seuil de dommage » et « méthode d’évaluation des densités de vers blancs » de ce document.

 

Cette partie est pour moi la plus importante de cet article : si on peut ne pas exterminer, on ne le fait pas ! Les hannetons et leurs larves sont une nourriture essentielle à de nombreux oiseaux et chauves-souris, et les larves constituent la nourriture des oiseaux, sangliers, des taupes, …

La raréfaction du hanneton (hanneton commun surtout) depuis le début de l’agriculture industrielle, dû notamment à l’utilisation de pesticides, et au travail de la terre en profondeur, serait apparemment liée, en partie, à la raréfaction de certaines espèces d’oiseaux et de chauve-souris, notamment localement. Oiseaux et chauves-souris, qui, on le sait, vont jouer un rôle majeur dans la régulation de nombreux ravageurs des cultures… C’est le serpent qui se mord la queue… La nature est bien faite, et chaque intervention humaine dans cet équilibre naturel a des conséquences qu’on est souvent loin de pouvoir envisager.

 

« Bon -allez-vous me dire-, mais si mon potager est en train de mourir des attaques souterraines des larves de hannetons, je fais quoi ? Je laisse les sangliers venir labourer mes rangs de salades ? J’attends que oiseaux et chauve-souris arrivent en nombre pour la sortie des hannetons adulte dans 3 ans ? »

 

Non, bien sûr, si vous avez quantifié le niveau de présence des larves de hannetons, et qu’il est supérieur au seuil de tolérance, alors vous pourrez agir (intelligemment) pour limiter la casse. C’est ce que l’on voit tout de suite :

 

IV. Lutte contre la larve de hanneton au potager

1. Méthodes de lutte contre le hanneton en accord avec la philosophie de la permaculture

 

a. Les méthodes de prévention, si vous avez déjà eu des problèmes de larves de hanneton

méthodes de prévention

 

  • Favorisez la biodiversité générale du jardin : une grande diversité d’essences de plantes locales, attirera une grande diversité d’insectes. Et, plusieurs espèces d’insectes sont des prédateurs d’œufs (fourmis) et de larves de hannetons. Certaines guêpes parasitoïdes (scolies du genre Tiphia) et mouches (tachinaires du genre Hyperecteina) aident aussi à contrôler les populations de hannetons avec un taux de parasitisme pouvant atteindre 75%. La biodiversité au jardin, ça paye toujours !
  • Favorisez, non pas uniquement la diversité végétale, mais aussi la présence végétale globale au sein de votre jardin (« mauvaises herbes » notamment) : c’est comme avec les limaces (voir : gérer les limaces intelligemment en permaculture), si vous offrez des « proies » végétales alternatives, il y a moins de chance pour que les « ravageurs » se focalisent sur les plantes de votre potager. Par contre, si les seules plantes de votre jardin sont des plantes potagères, où est-ce que les femelles hannetons viendront pondre ?
  • Limitez les engrais à haute teneur d’azote, car ils seraient censés attirer les larves de hannetons (soit via une préférence de lieu de ponte, soit comme cible racinaire préférée pour les larves déjà en terre) (et comme cela est aussi le cas pour les pucerons, attirés eux aussi par les plantes boostées à l‘azote : voir ici mon article : contrôle des pucerons en permaculture)
  • Lors de la période de sortie des hannetons adultes, éteignez les lampes de jardin la nuit, si vous ne voulez pas aimanter tous les hannetons de votre quartier pour qu’ils pondent ensuite dans votre jardin.
  • Laissez l’herbe haute, pour créer des lieux de ponte moins attractifs (car moins facilement accessibles)
  • Plantez du trèfle blanc, du colza, et du sarrasin, qui auraient apparemment des effets répulsifs sur les larves de hanneton (ou sur les femelles venant pondre) : à vérifier par l’expérience, car je ne trouve rien de solide à ce sujet, dans la bibliographie
  • Enterrez des feuilles hachées de choux, de navet, et/ou de moutarde près des zones potagères sensibles. Ces feuilles elles aussi, auraient un effet répulsif : à vérifier aussi, par l’expérience.

 

Ça laisse pas mal de chose à faire, déjà, niveau prévention ! 😉 Et, comme on le dit si bien, mieux vaut prévenir que guérir !

 

Si les méthodes de prévention n’ont pas suffi, voilà ce que vous pouvez faire :

 

b. Tamisage de la partie superficielle du sol du potager

Lorsque les plantes semblent affectées, on peut tout d’abord tenter de creuser autour des racines, pour un « état des lieux ».

Si des larves de hannetons sont présentes en nombre, on pourra envisager de déterrer la plante (en prenant soin de conserver une motte de terre autour des racines), puis de « tamiser » (grosso modo, avec les mains) la couche superficielle de la terre du potager, pour en extraire les larves. Si cela est fait à la main, ce ne sera que mieux pour préserver les vers de terre qui y sont présents.

Une fois les larves de hannetons ramassées, ne les tuez pas ! Laissez-les plutôt pour les prédateurs du jardin (dans un bol d’où ils ne pourront pas s’échapper, par exemple) : cette nourriture est interne au « système-jardin », il faut l’y garder, à l’intérieur de son cycle, en la donnant aux prédateurs, plutôt que de la faire « disparaître », et de créer un manque potentiel pour ceux-ci.

c. Retourner la couche de terre superficielle, pour exposer les larves aux prédateurs

Pour des cas très difficiles, lorsque le seuil de tolérance est franchi et bien dépassé, on pourra opter, pourquoi pas, pour un retournement de la couche superficielle de la terre du potager (par des moyens peu agressifs pour les êtres qui s’y trouvent (vers de terre)) , pour exposer les larves à leurs prédateurs.

Je sais, normalement, en permaculture, on ne retourne pas la terre, car ça casse les strates de vie qui s’y sont construite, et tue donc une partie de cette vie. Mais, pour des cas d’invasion critique par les larves de hannetons, et pour des grandes parcelles, c’est la seule méthode qui me semble plutôt louable et efficace. J’ai donc décidé de l’insérer dans cette partie. Mais, bien sûr, le débat (que dis-je, la guerre !) est ouvert en commentaires 😉 (je fais bien sûr plus référence aux commentaires sous les partages Facebook, souvent assez vifs).

La terre sera à retourner au début de l’été, période où les larves du hanneton (le hanneton commun, du moins), se trouvent dans les couches superficielles de la terre.

Voici un schéma où il est facile d’appréhender cela :

illustration du cycle de vie du hanneton commun

2. Les méthodes de lutte contre les larves de hannetons, à éviter, si l’on peut

a. Huile essentielle d’eucalyptus et savon noir, pour lutter contre les larves de hanneton

huile essentielle d'eucalyptuse anti larve de hanneton

Le principe, consisterait à mélanger 5 à 10 millilitres d’huile essentielle d’eucalyptus à un litre d’eau + un peu de savon noir (pour homogénéiser le mélange entre l’huile essentielle et l’eau).

Ça sent l’astuce toute droit sortie d’un site « top 10 des remèdes …. ». Bref, ça ne sent pas beaucoup la science, ni le vécu (je n’ai quasiment rien trouvé de solide à ce sujet) : mais, si vous avez testé, dites-le-moi en commentaire !

La vraie question que je me pose, c’est l’impact de ce type de mélange pour le sol : l’huile essentielle (même diluée), et le savon noir (qui reste tout de même un détergent), c’est à éviter au jardin !

b. Nématodes dans la lutte contre les hannetons

nématodes anti larves de hannetons

Il existe des nématodes spécialisés dans la prédation des larves de hannetons et d’otiorhynques. Ces nématodes, une fois diffusés dans la terre, parasitent et tuent toutes les larves de hannetons qui s’y trouvent. Apparemment, c’est très efficace.

Mais, je me pose certaines questions :

  • Ces nématodes sont-ils exclusivement prédateurs des larves de hannetons et d’otiorhynques, où le sont-ils aussi pour d’autres vers blancs, comme les larves de cétoines, de lucanes, de capricornes ? Si tel est le cas, il faudra bien sûr se passer de leur utilisation. Et, cette information n’est pas apparente sur les sites vendeurs de ces nématodes : histoire à creuser…
  • Sur l’utilisation des nématodes dans la lutte bio, en général : est-ce réellement sans risque pour le jardin ? N’y a-t-il vraiment aucun effet secondaire, même à moyen-long terme ?

 

c. Les champignons parasites, dans la lutte contre les hannetons

champignons pathogènes anti larves de hanentons

(Attention, sur l’image il s’agit d’un adulte, mais les champignons, le cas échéant, doivent bien sûr être utilisés sur les larves uniquement !)

C’est globalement le même type de lutte qu’avec les nématodes : le champignon parasite utilisé est Beauveria bassiana, qui est diffusé dans la terre, pour aller parasiter les larves. Son utilisation semble assez récente, il faudrait peut être plus de recul avant de pouvoir estimer de potentiels effets secondaires moyen/long-terme dommageables. Je ne sais d’ailleurs pas vraiment s’il agit uniquement sur les hannetons, ou si d’autres espèces d’insectes peuvent aussi être touchés. Dans ce cas, son utilisation aurait bien sûr de très sales effets secondaires.

 

d. Le travail du sol, pour lutter contre les hannetons : on évite, on évite

labourer le sol pour lutter contre les hannetons

Labour du sol à l’aide d’engins modernes et destructeurs, voilà le menu.

A éviter, à éviter, à éviter. Et attendre un dépassement presque dramatique du seuil de tolérance : oui car, on connait les dégâts de ce type de travaux du sol sur la vie qui s’y trouve (vers de terre, carabes, …)

Si je l’ai mis dans cette partie, c’est car l’efficacité est tout de même prouvée (ici, en page 5). Ce qui n’est pas le cas de la méthode de piégeage des hannetons adultes.

 

3. À ne surtout pas faire : Le piégeage des hannetons adultes par la technique de la lampe, du drap, et du seau

La technique est simple : lors de la sortie de terre des hannetons adultes, éclairez un drap blanc à l’aide d’une lampe, et placez un seau d’eau à la base du drap blanc : les hannetons, attirés par la lumière, se heurtent au drap, tombent dans le seau, et se noient.

Alors, quel est le problème ? Il y en a plusieurs :

  • Il a été prouvé qu’il ne sert à rien de lutter contre les hannetons adultes (c’est bien trop improductif et inefficace)
  • Vous attirez les hannetons de tout votre quartier, grâce à cette lampe
  • De nombreux insectes nocturnes, eux-aussi, se heurterons au drap, et se noieront dans le seau
  • Autant de nourriture en moins pour les chauves-souris (entre autres)

Bref, c’est à la fois inefficace (probablement même totalement contre-productif, à long terme), et c’est dommageable pour votre système jardin (pour les autres insectes nocturnes piégés, et pour les prédateurs).

C’est donc une méthode à bannir, purement et simplement.

 

 

 

Conclusion :

prédateur larve de hanneton

Les hannetons et leurs larves, comme tout autre « ravageur » autochtone, ont, initialement, une place au sein de l’écosystème auquel ils appartiennent.

Cet insecte joue un rôle, lui aussi, pour l’équilibre de son système.

Les populations de hannetons (communs, surtout, qui étaient alors les plus nombreuses) ont été fortement impactées par l’agriculture moderne, son travail lourd du sol, et ses pesticides.

Comme conséquence directe, on a vu chuter certaines populations d’oiseaux et de chauves-souris, pour lesquels ils constituaient une nourriture essentielle (certaines espèces de prédateurs coordonnaient même leurs vols sur celui des hannetons).

Cessons donc cette logique d’extermination immédiate et irréfléchie !

Observons, tout d’abord, puis mesurons l’impact de la présence des larves de hannetons (le niveau de “nuisibilité”) sur notre potager.

Puis, œuvrons en premier lieu pour les méthodes de prévention, œuvrons pour la régulation raisonnée, et tentons de ne pas agir contre le système naturel ! Tentons plutôt d’agir en accord avec lui !

 

 

J’espère que cet article sur les larves de hannetons (et la philosophie globale que j’ai tenté de lui insuffler), vous a plu !

Comment avez-vous trouvé cet article ?

Cliquez sur une étoile pour noter l'article !

Note moyenne / 5. Vote count:

Pas encore d'avis ! Soyez le premier à dire ce que vous en pensez !

We are sorry that this post was not useful for you!

Let us improve this post!

Tell us how we can improve this post?

6 Commentaires

  1. Jeanne

    Bonjour, je pense qu’il y a un petit souci avec les images de votre article, je n’en vois aucune, c’est dommage.

    Réponse
    • Robin

      Bonjour Jeanne, désolé de ma réponse super tardive.. Ça y est, le problème est résolu, les images sont visibles ! 🙂
      Bonne soirée

      Robin

      Réponse
  2. Abba

    Bonjour,
    Votre article est tellement bien fait et complet, que j’aimerais l’avoir hors connexion.
    Existe t’il en pdf, le même article ?

    Réponse
    • Robin

      Bonjour Abba, merci beaucoup ! (Et désolé de ma réponse super tardive..)

      Je suis désolé, non je ne l’ai pas en pdf, mais je vais voir pour peut-être faire une version “résumé” en pdf 🙂

      Bonne soirée !
      Robin

      Réponse
  3. Claire

    Bonjour, super article merci
    Mais ici larves mangeant les racines et qui produisent une sorte de granulé de terre en surface ont envahi mon balcon !!
    Pots, grande caisse en bois…. il y en a partout et je ne sais que faire.
    J’ai vidé des pots dans la petite forêt derrière chez moi pour sauver les hannetons.
    Comment ces larves se transmettent ? Mystère car je suis surprise de la prolifération
    alors que le seul lien entre ces différents lieux du balcon son l’arrosoir et peut être la pelle ??
    Merci si vous avez une idée, connaissance pour m’aider.

    Réponse
    • Robin

      Bonjour Claire, les adultes sortent de terre au printemps, s’envolent, et pondent dans chaque espace de terre qu’ils peuvent trouver de disponible ! Ils ont donc très bien pû atteindre votre balcon 😉

      Bonne soirée, n’hésitez pas si vous avez d’autres questions
      Robin

      Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Si vous voulez partager cet article :
  •  
  •